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Où en est Tihange ?

Où en est Tihange ?

Fukushima a rappelé, pour celles et ceux qui ont déjà oublié Three Mile Island et Tchernobyl, que les dégâts causés par un accident nucléaire sont tels qu’il faut abandonner le nucléaire le plus vite et le plus complètement possible.

Le plus vite possible parce que l’implantation de nouvelles installations de production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable, prendra quelques années. Le plus complètement possible, parce que chaque particule radioactive libérée commence une vie libre longue voir très très longue. Le plutonium 239 reste radioactif pendant au moins 240.000 années. Si les premiers néanderthaliens avaient utilisé le plutonium, ce plutonium serait encore radioactif aujourd’hui. Et chacune de ces particules peut causer un cancer. Donc il va falloir gérer les déchets pendant très longtemps, pendant des milliers de générations. Donc nos générations ne pourront jamais abandonner complètement le nucléaire.

Venons-en concrètement à la centrale de Tihange.

Les bonnes nouvelles d’abord. Le couvercle de la cuve de Tihange 3 a été remplacé. C’est un point faible des réacteurs à eau pressurisée. Une digue est en cours de construction enter la Meuse et la centrale, ce qui va diminuer fortement les risques d’inondation. Bien.

Les mauvaises nouvelles : Tihange 1

Tihange 1 est un réacteur vétuste. Il a été revampé, beaucoup d’installations ont été remplacées, mais de nombreuses autres pièces sont d’origine. Ce réacteur a été relié au réseau en 1975, en même temps que Doel 1 et 2, tout a été calculé pour une exploitation de 25 ans. Le circuit primaire, qui contient l’eau sous haute pression, est dessiné pour tenir 30 ans. La cuve et le circuit primaire ne peuvent pas être réparés ni remplacés. Nous en sommes maintenant à 40 années d’exploitation, l’âge limite prévu par la loi de sortie du nucléaire de 2003, et le gouvernement Di Rupo a décidé en novembre 2013 de prolonger le permis d’exploiter de 10 années. C’est de la folie pure. Personne ne sait ce qui se passe dans une installation nucléaire à cet âge, seulement 14 réacteurs de plus de 40 ans sont encore actifs dans le monde.

Il est clair qu’un réacteur comme celui de Tihange 1 ne pourrait pas aujourd’hui obtenir un permis d’exploiter. Il n’y est même pas possible d’y appliquer les « Best Available Practices », les meilleures procédures possibles, comme cela ce fait normalement lors d’un entretien décennal. Cela signifie qu’un réacteur n’est pas remis dans l’état d’origine, mais qu’il est rendu conforme aux normes applicables lors du contrôle décennal. Par exemple : après les attentats de novembre 2009, chaque nouveau réacteur doit être assez solide pour résister à l’impact d’un avion de ligne. Tihange 1 résisterait tout juste à l’impact d’un petit monomoteur. Et encore : le béton qui le protège est atteint de pourriture, on peut facilement le constater à l’aide d’une paire de jumelles. Le réacteur se trouve pourtant à 16 km en vol d’oiseau de l’aéroport Bierset, avec des avions de fret chargés en phase de décollage et d’atterrissage qui passent à côté de la centrale. Un hélicoptère est tombé à 2 km de la centrale en avril 2012. Je peux énumérer une longue liste d’autres points faibles qui sont apparus lors des stress-tests menés après la catastrophe de Fukushima.

La piscine de Tihange 1

Le plus grand risque se trouve au niveau du bassin de refroidissement, qu’on appelle la piscine. Cette piscine, qui contient des barres de combustible usagés mais très radioactifs perd environ 2 litres d’eau radioactive par jour, depuis 2006. En soi ce n’est pas grave, il y a un bassin en dessous qui récolte cette eau qui est alors pompée dans la piscine. Mais cette eau a traversé la paroi de la piscine, dont le béton armé est en train de pourrir comme celui de l’enceinte sous l’influence de l’eau d’infiltration mais avec un facteur d’accélération inconnu dû à la radioactivité. L’AFCN ne veut pas prendre ceci en considération. Pourtant, si la paroi cède, il devient impossible de refroidir les barres et nous allons vers une réaction en chaine. C’est le principal risque aujourd’hui à Fukushima aussi, à la piscine du réacteur 4.

En un mot, il faut fermer Tihange 1 aujourd’hui, selon la loi de 2003 et en reclassant tout le personnel concerné sur le site en diminuant le temps de travail d’autant que nécessaire et en formant les travailleurs à leurs nouvelles tâches au frais d’Electrabel.

Tihange 2

Il est établi qu’il y a environ 3200 failles détectées dans la cuve du réacteur. Cette cuve contient de l’eau sous pression, environ 150 bar à environ 300°C. Pour vous donner une idée : le pneu de votre vélo est gonflé à 4 bar, le pneu de votre auto à 2.5 bar.

Les fissures ont un diamètre de 1 cm en moyenne, les plus grosses font 2.5 cm. On est donc loin de «microfissures»: un micron est un millième de millimètre, il y en 25.000 dans une fissure de 2,5 cm.

Quand cela a été découvert, le réacteur a été arrêté. Des autorités criminellement négligentes ont décidé de redémarrer le réacteur en sachant cela, en ordonnant qu’il fallait quand même redémarrer et arrêter plus doucement que d’habitude et en demandant des tests complémentaires.

Ces fissures sont évolutives, elles s’agrandissent et pourraient se relier les unes aux autres. Le problème le plus sérieux c’est que quand vous avez des fissures qui se superposent, la résistance de la paroi de la cuve diminue à cet endroit par le carré du nombre de couches. Il est plus facile de déchirer 3 feuilles de papier superposées qu’une feuille trois fois plus épaisse.

Des tests ont été menés dans le réacteur expérimental de Mol sur des matériaux semblables à ceux de la cuve de Tihange, pour simuler la radiation subie et les contraintes subies lors des démarrages et les arrêts, surtout les arrêts d’urgence. Les résultats sont désastreux, comme prédit par le groupe d’experts indépendants, réuni en janvier de cette année à Aachen par nos amis allemands avec l’aide de la fraction des verts de ce qu’on appelle le parlement européen. Nous nous sommes donc trouvés pendant une année dans la situation d’une personne qui s’endort en fumant, suite à une décision dont on peut au moins dire qu’elle fait preuve de négligence criminelle : Mme Milquet, M. Wathelet, M. Bens devraient être lourdement sanctionnés pour cette raison. Le réacteur a donc été arrêté une deuxième fois. Puis, comme les tests donnaient un mauvais résultat, on a recommencé les tests. Et comme la deuxième série était aussi mauvaise, on a tout recalculé pour faire dire aux chiffres qu’il y a moyen d’exploiter.

Nos amis allemands, et nous nous sommes évidemment joint à eux, ont demandé trois choses à l’AFCN : qu’au moins unE des experts indépendants qui avaient participé au panel d’experts réunis en janvier de cette année par l’AAA et le soutien des Verts au parlement européen soit invité à participer au groupe d’experts internationaux qui étudie maintenant les résultats des tests de Mol. Cela a été refusé. Nous avons demandé quels sont les noms des experts internationaux, ils ont alors été publiés. Nous avons demandé quels étaient les critères sur base desquels ils ont été sélectionnés, nous n’avons pas reçu une réponse précise. Nous contactons maintenant les experts invités par l’AFCN pour leur donner notre dossier reprenant les résultats du colloque de janvier.

La conclusion que je tire de ce rapport c’est que l’exploitation de Tihange 2 serait 1.000 à 10.000 fois plus dangereuse que l’exploitation d’un réacteur nucléaire moyen. C’est inacceptable.

En un mot, il faut fermer Tihange 2 aujourd’hui en reclassant tout le personnel concerné sur le site en diminuant le temps de travail d’autant que nécessaire et en formant les travailleurs à leurs nouvelles tâches au frais d’Electrabel.

Electrabel a les moyens de supporter cela : un réacteur nucléaire belge rapporte en une journée d’exploitation un million d’euros de bénéfice, je ne parle pas du chiffre d’affaires : 1 million d’euros par jour par réacteur de bénéfices.

C’est ce dernier chiffre qui explique l’acharnement d’Electrabel de maintenir en exploitation des installations fortement abîmées et vétustes.

Vous ne m’entendrez pas dire grand-chose de positif de TEPCO, l’Electrabel de Tokyo, qui exploitait la centrale de Fukushima. Mais il faut leur reconnaître le bon sens minimal d’implanter la centrale à 250 km de Tokyo, à la campagne. Tihange se trouve à moins de 80 km de Liège, de Huy bien sûr, de Namur, d’Aachen, de Maastricht. S’il y a une catastrophe à Tihange, il faudrait évacuer 5.2 millions de personnes. Et il n’y aura pas d’électricité : pas de téléphone, pas d’internet, pas de GSM, pas de radio, pas de télévision, pas de trains. Et je ne vois pas qui va obliger les policiers et les pompiers de la région d’abandonner leur famille pour s’occuper de l’évacuation de la population. En un mot : mission impossible.

Conclusion de la conclusion

Il faut arrêter de confier la production de l’électricité à une seule compagnie privée, Electrabel GDF-SUEZ qui est plus puissante que l’état. Il faut arrêter de confier la distribution et le transport de l’électricité à différentes compagnes qui se tirent dans les pattes et ne pensent qu’à ramasser des bénéfices. Il faut un plan d’équipement de la production électrique sur cinq ans, pour plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Il n’y a que l’Etat ou la Région qui est à même de faire cet investissement en tenant compte de la sécurité des travailleurs, de la sécurité des usagers et de la sécurité d’approvisionnement, tout en réduisant l’émission de gaz à effet de serre, de la consommation de l’industrie et des ménages et l’inefficacité du réseau.

Que pouvons-nous faire ? En pratique trois choses :

  1. Consommer moins d’électricité
  2. Quitter Electrabel (GDF-Suez) et Luminus (EDF) comme fournisseur, demander que votre employeur, votre commune, votre club sportif etc. fassent la même chose.
  3. Venez manifester à Tihange le 15 mars 2015.

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Intervention de Léo Tubbax à la soirée Fukushima du 4 novembre 2014 à l’Université de Liège.

 

 

 

 


4 November 2014 – Japan’s fraudulent nuclear policy continues – lecture with Kazuhiko Kobayashi from Tokyo

Fukushima , Hiroshima, Nagasaki.

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Report on the cracks in the nuclear power plants of Doel 3 and Tihange 2

Scientific study proves the irresponsibility of the continued operation of Doel 3 and Tihange 2.

Report: Defects in the Reactor Pressure Vessels of Doel 3 and Tihange 2

We dedicate this study to the factored in victims.


Cancellation of the visit in Tihange by Elektrabel (e-mail)

Dear,

We acknowledge receipt of your request to visit Tihange nuclear power station. Thank you for your interest in our generating facilities. Just like yourself, many interested people ask to visit one of our power stations, and in the past we have invested heavily in people and resources to keep such visits free of charge. Despite this, however, we have been unable to keep up with the demand, and so we are forced to define our target group more clearly. This means that in line with our policy of good neighbourhood, for our power station visits we will concentrate first and foremost on people living nearby, local schools and stakeholders within the area. Read more ›